Crise sanitaire du COVID-19 : Panser les plaies et penser l'après – Intervention de Julie Laernoes

Madame le Maire, mes cher.e.s collègues,

En cette période dramatique nos premières pensées vont aux proches des nombreuses victimes françaises décédées sous le coup de la pandémie, à celles et ceux qui luttent encore contre ce virus ainsi qu’à nos aînés retranchés dans les EHPAD.

Nous nous adressons également aux personnes mobilisées en première ligne pour leur témoigner notre plein soutien : personnel soignant qui se démène chaque jour pour sauver les personnes hospitalisées, professionnels et agents des collectivités qui assurent l’accès des citoyens aux services publics et aux premiers biens de nécessité.

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En quelques semaines, la déferlante COVID-19 a entraîné un confinement généralisé à l’échelle de la planète. Ce coup d’arrêt inédit peut être vécu avec anxiété, tant il interroge le sens de notre modèle de développement.

D’ores et déjà, nous pouvons tirer trois enseignements de cette crise :

1. l’origine de la pandémie se trouve dans la destruction de l’environnement et des habitats naturels et donc dans l’expansion de l’activité humaine ;
2. la logique néolibérale n’a pas su répondre à des besoins impérieux de gestion de crise, ne serait-ce que la mise à disposition de matériel sanitaire ;
3. le service public reste le plus à même de garantir l’intérêt général, diminué il n’en sera que moins efficace.

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La crise sanitaire a d’abord mis en lumière les conséquences délétères de décennies de démantèlement de l’hôpital public. Comment en est-on arrivé à ce que, faute de lits disponibles, des médecins se retrouvent contraints de déterminer les personnes qu’ils vont sauver en priorité ?

Dans une Métropole comme Nantes, nous ne pouvons pas accepter un nouveau CHU qui prévoit la suppression de 360 lits et de 800 emplois…

A l’avenir, il nous faudra se mobiliser pour renforcer les moyens de l’hôpital public, mais aussi, de manière complémentaire, renforcer l’accès à la santé pour tous et la santé publique, en développant des centres de santé au plus proche des habitants.

Le confinement a exposé au grand jour les énormes inégalités dans notre ville.
En matière de logement, le confinement n’est en effet pas le même pour celles et ceux qui habitent dans une maison avec un jardin ou à l’étroit dans un appartement sans balcon.
De nombreuses familles sont en grandes difficultés pour s’alimenter.
Pour travailler : ce sont nos artisans, nos indépendants, nos intérimaires ou encore les métiers les plus précaires qui se sont retrouvés du jour au lendemain sans aucune ressource ou protection. Et la crise qui guette en sortie de confinement risque d’envenimer les choses.

L’État doit prendre ses responsabilités, et nous appelons plus que jamais, à la mise en place d’une Allocation Universelle d’Urgence pour venir en aide aux plus vulnérables.

Les déclarations d’avant-hier du 1er Ministre ne doivent pas faire oublier que la responsabilité de l’Etat est engagée, quand celui-ci décide de ne pas renouveler ses stocks de masques pour réaliser des économies, puis d’en suggérer l’inutilité pour dissimuler la pénurie.
Nous saluons, à ce titre, votre initiative, Madame le Maire, d’achat de 600 000 masques à destination des Nantais.

Voilà, mes chers collègues, en quelques mots, de quoi réfléchir sur la crise que nous vivons.

Mais pour l’heure, le moment est à l’organisation de l’action collective, pour pallier l’urgence et venir en aide aux plus fragiles.

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Nous devons ici rendre hommage à tous les bénévoles et collectifs nantais qui se mobilisent pour juguler ces inégalités : les habitants mobilisés dans leur quartier, leur rue, leur immeuble pour organiser l’entraide ; les nombreux instigateurs d’initiatives solidaires tels que l’Autre Hangar ; les participants à la plateforme d’entraide de la ville ; les centaines de fabricants-bénévoles dont les masques ou blouses ont pu équiper des soignants ou des habitants dans le besoin.

La collectivité doit soutenir les initiatives des habitants, encourager et soutenir les organisations horizontales, de proximité.

Ce que montre aussi cette crise, c’est la fracture numérique, les difficultés de compréhension linguistiques, rien ne remplace alors les habitants pour se rendre proche de leurs voisins.

En tant que collectivité, nous avons pris des dispositions pour tenter de rendre le confinement plus supportable : aides alimentaires déployées par le CCAS et ses partenaires, aide au paiement des loyers pour les locataires en difficultés, aide de 100 € par enfant pour les familles qui bénéficiaient de la cantine scolaire… Sans oublier le soutien psychologique à la population mais aussi aux personnes âgées via le réseau Monalisa et la mise en place de tests de dépistage ou encore l’équipement en visioconférence de nos EHPAD.

Tout cela n’aurait pas été possible sans le travail indispensable des agents de Nantes et de Nantes Métropole qui font honneur au service public, mais aussi des professionnels de soin, de l’accompagnement social et de l’aide à domicile, majoritairement des femmes, dont la revalorisation des salaires nous paraît essentielle.

A l’appel du Maire, les écologistes participent à la cellule de crise, qui a pris des mesures allant dans le sens de l’intérêt général dont la réouverture des jardins familiaux et des marchés, vitale pour les producteurs locaux et l’accès pour tous à une alimentation de qualité.

S’il nous faut bien sûr venir en aide au tissu commercial et économique local en détresse, des mesures fortes de sortie de crise devront opérer la relocalisation et la transition de l’ensemble du tissu économique du territoire.

Le tissu associatif, culturel et sportif est aussi en grande difficulté. La Ville a décidé de maintenir toutes leurs subventions, tout en procédant à l’exonération des loyers des locaux municipaux. Si un fonds d’aide d’urgence d’1 M€ est prévu par secteur, il serait utile d’inventer dès à présent d’autres mécanismes d’entraide pour soutenir les intermittents qui ne pourront pas retravailler de sitôt et risquent la perte de leur statut.

Comme les ressources de la planète, quand l’économie est à l’arrêt, le service public et l’entraide sont nos biens commun, pas la compétitivité, l’attractivité ou la croissance.

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Ces prochaines semaines, nous devrons tous ensemble rester vigilants, car le plan de relance du Gouvernement ne semble pas avoir intégré l’urgence dans laquelle nous nous trouvons : sanitaire, sociale, économique mais aussi environnementale.

Dès la sortie de crise, il nous faudrait repartir comme avant et, comme en 2008, sauver l’économie telle qu’elle est, tout en accordant le soutien des banques centrales en priorité aux marchés financiers et aux grosses entreprises.
20 milliards € ont déjà été attribués par le Gouvernement aux plus grands pollueurs, sans aucune condition environnementale et sociale solide. Le MEDEF propose même en toute indécence d’infléchir les réglementations environnementales et d’augmenter le temps de travail.

Cette vision déconnectée de la réalité que nous vivons, ce n’est pas celle proposée par d’autres entrepreneurs comme les Dirigeants Responsables de l’Ouest, qui ont signé une tribune appelant à renforcer les exigences liées à la justice fiscale, la cohésion sociale et l’environnement, et avec qui nous devons travailler à la transformation de l’économie nantaise.

Nous avons les moyens de faire différemment : relancer le fret et les trains de nuit, financer une relocalisation de l’économie par région, systématiser l’économie circulaire et planifier la reconversion de filières stratégiques nationales dans des éco-activités dont on mesure aujourd’hui l’importance vitale.

Peut-on continuer à se nourrir en important plus de 90% de nos denrées alimentaires ? En envoyant nos déchets se faire recycler à plus de 1000 km de là où ils sont générés ? Mutualisons, coopérons, retrouvons du sens dans notre manière de produire. Cela créera de l’activité locale, plus de solidarité et surtout nous permettra de mieux résister aux secousses.

Enfin, la réouverture prématurée des écoles le 11 mai, continue d’interroger. Alors même que le Conseil Scientifique a fait savoir qu’il y était défavorable, les conditions semblent encore floues et les collectivités doivent faire face au réel. Plutôt que le seul volontariat, tous les moyens devraient être mis en œuvre pour contacter et accueillir en priorité les élèves en difficultés, ne disposant pas de l’environnement nécessaire à un enseignement à distance.

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Je le rappelais déjà en introduction, évoquant les 3 grands enseignements de cette crise : si nous voulons éviter de passer nos prochaines années à panser des plaies qui risquent de se rouvrir à chaque nouvelle secousse, en prévenir d’autres, nous devons agir localement. A Nantes, nous avons les forces vives et les leviers pour cela.

Lundi, vous avez signé une tribune, Madame le Maire, qui va dans ce sens et qui vous engage. Je soulignerai pour terminer quelques points qu’il nous faut engager et préparer collectivement dès à présent :

• La relocalisation de notre économie, pourvoyeuse de sens et d’intérêt général, une économie circulaire et éco-conditionnée, pourvue de grands chantiers porteurs d’emplois tels que les circuits courts alimentaires, le réemploi, la rénovation thermique des bâtiments, les énergies renouvelables, ou la logistique urbaine décarbonée;

• La mise à l’abri systématique des personnes à la rue ou en squats pour des raisons de risques sanitaires mais d’abord de dignité humaine ;

• Le soutien local aux professionnels en grandes difficultés, notamment les intérimaires de la restauration et les intermittents de la culture qui ne pourront pas reprendre le travail après le 11 mai ;

• Rendre possible la distanciation physique dans nos déplacements et éviter l’embolie de nos axes routiers, en déployant un plan sans précédent pour permettre à chacun.e de prendre un vélo ou de se rendre à pied à l’école, aux commerces de proximité ou encore au travail ;

• La création d’un bureau des temps, qui permettrait de gérer les flux de travailleurs en horaires décalés dans les transports en commun ;

• L’accès à la nature, dans le respect des règles sanitaires décrites par le 1er Ministre, en rouvrant les parcs, jardins, cimetières, accès aux cours d’eau, indispensables quand on vit dans des petits logements ;

• Installer à Nantes une fabrique des transitions, sur le mode de la convention citoyenne pour le climat pour anticiper les effets de la crise sanitaire et transformer notre ville.

Vous l’avez rappeler en ces temps, la démocratie est un pilier fondamental. Pour gérer la sortie de crise, il nous faudra surtout faire confiance aux acteurs du territoire qui se trouvent déjà dans ce monde d’après.

Nous devons aussi être à l’écoute des Nantaises et des Nantais qui se demandent s’ils auront un travail demain, s’ils pourront boucler leur fin de mois, comment va se passer le retour à l’école de leurs enfants, si les moyens de transport seront suffisants et sans risque pour aller travailler.
À toutes ces questions nous devons répondre en mobilisant nos services publics bien sûr mais aussi et surtout en impliquant tous les acteurs concernés, collectifs, associations, syndicats et les habitants dans la proximité. Pour tout cela, avec humilité et responsabilité, vous pouvez compter sur nous.

Je vous remercie