Accueil Actualités Restructuration et extension de la Cité des Congrès : intervention de Julie Laernoes

Restructuration et extension de la Cité des Congrès : intervention de Julie Laernoes

 

 

Quand nous avons débattu tout à l'heure du vœu « urgence climatique », j'ai évoqué les renoncements auxquels, justement, cette situation d'urgence nous impose de réfléchir.

Nous tirons toutes et tous la même conclusion de cette situation d'urgence. Elle est écrite dans le vœu que nous avons voté, je cite : « Nous, élus métropolitains, voulons sonner, à tous les niveaux, l’alarme climatique ».

A tous les niveaux.

Concrètement ? Je cite encore le vœu que nous avons approuvé , qui nous engage à « amplifier la prise en compte de l'urgence climatique et environnementale dans toutes le politiques publiques ».

Cette délibération reflète-t-elle cette prise en compte amplifiée de l'urgence ?

En l'état, il ne nous semble pas.

Que dit la délibération ?

Il nous est proposé de voter en faveur de l'extension de la Cité des congrès pour un montant total de 40 millions d'euros. Et quels sont les arguments avancés en faveur de ce choix ? Le « rayonnement international », « l'attractivité », le renforcement de notre position face à la « concurrence ».

Rayonnement, attractivité, concurrence. Ce ne sont pas mes mots, mais ceux de cette délibération.

Est-ce que cette délibération nous permet en quoi que ce soit de mieux prendre en compte l'urgence climatique ? Est-ce que cette délibération nous permet en quoi que ce soit de préparer l'adaptation de notre territoire à la réalité des dérèglements climatiques ?

Non, cette délibération ne nous aide pas. Et les arguments avancés pour justifier cet investissement non seulement ne tiennent aucun compte de cette réalité mais pire, pardon de le souligner, ils s'inscrivent dans une logique, une vision du développement des métropoles qui aggrave le problème.

Car de quoi s'agit-il ?

On parle d'un équipement public qui voit sa fréquentation et ses résultats confortés. Qui a même dépassé en 2018 ses objectifs. Un établissement dont la bonne santé financière est remarquable, et nous en sommes très heureux.

Mais cet établissement en pleine forme serait menacé par la concurrence d'autres équipements du même type dans d'autres métropoles.

Alors ce qui nous est proposé, c'est de voter, sans trop s'attarder sur le sens profond de tout cela, 40 millions d'euros en faveur de l'extension de l'équipement, afin qu'il satisfasse davantage aux exigences des congressistes internationaux.

Il s'agit notamment de disposer d'un nouvel espace de 1700 places... Mais le grand auditorium de la Cité peut déjà accueillir plus de 1900 personnes ! Est-il nécessaire d'engager 40 millions d'euros pour disposer d'un équipement pour répondre à des besoins qui sont déjà satisfaits ?

Nous ne contestons pas, évidemment, la nécessité d'engager des opérations de restructuration, qui sont normales dans la bonne gestion d'un équipement public. C'est pourquoi nous sommes favorables au volet restructuration de la délibération, et vous proposons de dissocier les deux votes : l'un sur la restructuration, le second sur l'extension.

Sur ce second vote, si vous nous accordez qu'il soit dissocié, nous exprimerons notre désaccord.

La Cité des Congrès est un bel équipement : avec elle nous faisons vibrer la culture et la science toute l'année. Elle accueille et produit aussi des événements locaux, pour les habitants et les acteurs du territoire. Elle accueille d'ailleurs les séances du Conseil Métropolitain.

Oui, elle doit faire l'objet d'une restructuration en profondeur : pour adapter ses espaces vieillissants, pour sa rénovation énergétique, pour qu'elle s'ouvre sur la ville. Oui, nous devons l'inscrire de manière plus pertinente dans l'offre globale d'accueil culturel et scientifique de la Métropole, avec une approche multi-sites.

Mais Madame la Présidente, chers collègues,

Considérant ce que nous avons voté au début même de cette séance, il y a d'autres priorités sur lesquelles nous pourrions engager utilement 40 millions d'euros.

Il n'y a jamais une seule solution possible, une seule allocation possible de nos ressources.

Ce projet d'extension n'est pas un projet d'avenir pour notre territoire.

Et la stratégie d'attractivité et de compétition entre métropoles est une stratégie dépassée.

Il est temps de le dire : Nantes n'a pas, n'a plus, de problèmes d'attractivité. Nantes a aujourd'hui des problèmes nés de son attractivité.

Nous avons des équipements publics qui débordent. Nous avons un marché immobilier qui s'emballe. En 2018, c'est :

  • + 7,2% à Nantes intra-muros
  • + 12,7 % sur l’île de Nantes
  • + 11,1% dans l’hypercentre,
  • + 11% à Saint Donatien – Malakoff
  • et + 10,7 % à Doulon-Bottière.

La stratégie d'attractivité a eu ses réussites, elle a contribué à redynamiser Nantes, à lui dessiner une image nouvelle et c'est très bien. Mais il est temps de passer à une autre logique, à un autre modèle de ville.

Je voudrais vous citer une phrase d'Edgar Pisani, qui n'était pas écologiste – même s'il l'est devenu peu à peu, à la fin de sa vie. Edgar Pisani disait : quand une politique a réussi, il faut en changer. Car si une politique a réussi, c'est qu'elle a changé le monde. Et si le monde a changé, alors il faut changer de politique.

C'est exactement ce qui nous arrive : oui, les politiques conduites à Nantes depuis les années 1990 ont changé notre ville. Elles ont réussi. Et c'est pour cette raison qu'il faut changer de politiques.

Car si nous continuons ainsi, nous allons finir par construire une ville agréable à traverser, agréable à visiter, mais une ville impossible à habiter. Et je pense que, vous comme moi, chers collègues, ce n'est pas ce que nous voulons.

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