Accueil Actualités Notre boussole, c’est 3 enjeux pour le budget : le climat, le social, la démocratie – Intervention de Jean-Paul Huard

Notre boussole, c’est 3 enjeux pour le budget : le climat, le social, la démocratie – Intervention de Jean-Paul Huard

Le débat d'orientation budgétaire est l'occasion de donner du sens à l'action métropolitaine, d'identifier les points de vigilance et les marges de progrès.

Nous avons 3 urgences à prioriser au regard de toutes nos décisions : l'urgence climatique, l'urgence sociale et l'urgence démocratique.

Ce n'est pas nouveau mais ça nous saute régulièrement à la figure à tous les niveaux internationaux, européens, nationaux et locaux.

Malgré la richesse de nos pays dits développés, les inégalités nous rattrapent. Nos sociétés sont fragiles, on le voit avec les gilets jaunes, avec la colère des quartiers à Nantes l'été dernier.

D'abord l'exigence climatique

Comme Julie Laernoes a eu l'occasion de le dire il y a quelques instants avec la présentation du Plan Climat, nous devons aller plus loin.

Permettez-moi de citer Aurélien Barrau, astrophysicien :« « On ne peut pas continuer à faire comme si la pensée écologiste était l’apanage de doux-dingues, et comme si le dogme d’une croissance immodérée était l’apanage des gens sérieux. C’est exactement l’inverse. Il faut que cette idée pénètre la société. Aujourd’hui, prôner une croissance continue revient exactement à dire : "On est face au gouffre, accélérons". On ne peut pas continuer comme ça ».

Franchement il faut arrêter de mettre autant de moyens dans l'attractivité économique et d'avoir ce critère affiché en permanence comme ligne d'horizon. Elle accentue les déséquilibres entre territoires.

L'urgence climatique nous oblige et c'est une opportunité pour changer de modèle de développement et créer des emplois.

La suppression massive des emplois aidés met en difficulté de nombreuses associations de proximité qui interviennent sur le champ de la sensibilisation, de la création de nouvelles activités et services sur le champ de la transition énergétique, de la réduction des déchets, du réemploi. C'est une décision d’État inacceptable, raison de plus pour ne pas baisser les bras. N'attendons pas au dernier moment pour tenter de les sauver, Mobilisons des moyens pour maintenir et créer ces emplois sans attendre.

Nous devons aussi mieux utiliser le levier de la commande publique pour soutenir nos PME, et l'économie sociale et solidaire, les marchés publics ne doivent pas être mécaniquement accessibles aux seuls grands groupes.

2ème point : l'exigence sociale

La réduction des inégalités est le moyen le plus efficace contre les colères et toutes les dérives les plus violentes.

Globalement notre métropole va plutôt bien, les chiffres présentés, notamment sur le chômage, sont un peu en dessous de la moyenne nationale. mais attention aux inégalités sur notre métropole.

- Les habitants des territoires de deuxième et troisième couronnes autour de Nantes se précarisent.

-Le chômage est multiplié par 5 dans certains quartiers d'habitat social et la précarité augmente avec une ligne ténue entre précarité et pauvreté.

La politique de la ville doit certes mettre des budgets conséquents sur le bâti et l'espace public. Il faut aussi un rééquilibrage des moyens consacrés au développement économique en faveur des quartiers populaires et territoires éloignés, un soutien massif de la vie associative sur les champs de compétence de la métropole.

-Nous proposons également que la métropole s'inscrive dans la démarche « Territoires zéro chômeur » expérimentée dans 10 territoires et étendue à 50 territoires volontaires au niveau national dans le cadre du plan pauvreté.. Cette démarche initiée par ATD Quart Monde permet d'activer les dépenses sociales d'accompagnement du chômage pour créer des emplois pérennes. En mettant au cœur de la démarche les personnes concernées, et tous les partenaires elle répond aussi aux 3 exigences.

Dans l'urgence sociale, il y a évidemment la question des sans-abris avec une intensité particulière à Nantes pour l'accueil des exilés et dans l'agglomération pour les populations d'Europe de l'Est. N'opposons pas les précarités : la question des sans domiciles fixes est aussi au cœur de nos préoccupations. Nantes est une des villes de France qui a mobilisé le plus de moyens humain et financiers en évacuant le square Daviais.

Nous sommes aussi une des métropoles comptant le plus de bidonvilles avec près de 2000 personnes et plus de 500 dans les squats. Ce que nous appelons pudiquement occupation sauvage ou illégale, ce sont des êtres humains qui vivent dans l'indignité. Pensons-nous sérieusement que nous pourrons continuer à vivre tranquillement avec la misère à notre porte en les évacuant régulièrement ? En se renvoyant des gens en errance en déscolarisant les enfants. C'est la raison pour laquelle, lors du dernier conseil nous vous avons proposer de consacrer 1% de notre budget métropolitain aux sans-abris quel qu'ils soient. En soutenant les communes volontaires et leurs associations pour les accueillir et les accompagner.

Certaines communes sont déjà engagées, et je salue ici l’engagement de notre collègue, Marie-Hélène Nedelec en lien régulier avec les maires. Chaque maire ne peut régler seul cette question. Nous ne sommes pas à la hauteur. Un engagement solidaire des communes serait dynamisé par un soutien significatif de la métropole. L’État dont c'est la compétence doit être interpellé mais ne l'attendons pas pour agir si nous ne voulons pas assister à des déchirures irréparables.

3ème point : l'exigence démocratique

Sur tous les sujets, sur toutes nos décisions, toutes les parties prenantes doivent être associées : les habitants, mais aussi leurs collectifs, associations, syndicats, ce qu'on appelle les corps intermédiaires et aussi les élus dans leur diversité. Je salue ici les nouveaux représentants du personnel élus hier pour Nantes Métropole et nos communes.

On le voit la distance se creuse entre les institutions et leurs représentants.

On voit aussi des initiatives citoyennes et de nouvelles solidarités exigeantes se développer, ne les considérons pas comme des menaces mais au contraire comme des opportunités pour faire vivre et renouveler notre démocratie.

Pour terminer c'est au regard de ces trois exigences climatiques, sociales et démocratiques que nous devons regarder chaque nouveau projet.

Optimisons nos infrastructures avant d'en construire de nouvelles: bilan carbone, impact social et processus de décision sont un préalable.

Ce devrait être notre boussole en permanence.

Nous avons un territoire d'une richesse extraordinaire par son histoire humaniste et sociale, c'est une chance qui nous donne des responsabilités particulières.

Nos choix budgétaires doivent être à la hauteur de cette histoire

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