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Migrants expulsés : la majorité vole en éclats

Source : Presse-Océan, le 2 août 2018

 

Les élus écologistes et citoyens nantais qualifient "d'irresponsable et d'inhumaine" l’opération d’évacuation des migrants, menée à l'initiative de la ville.

"Inhumain et irresponsable." Jean-Paul Huard, adjoint à la ville de Nantes et élu métropolitain, ne décolère pas. Il juge « inacceptable » l’évacuation des migrants qui avaient trouvé refuge au sein de l’ancien lycée Leloup-Bouhier, opération menée jeudi 2 août à l’initiative de la mairie.

Membres de la majorité municipale, « les 12 élus écologistes et citoyens se désolidarisent totalement de la Ville sur cette action », énonce Jean-Paul Huard, co-président de ce groupe d’élus, qui précise: « On a d’emblée prévenu Johanna Rolland (maire PS de Nantes) que l’on était contre toute expulsion sans proposition alternative. On n’était pas opposé à un déménagement, on sait bien que les lieux très grands, ce n’est pas l’idéal, c’est compliqué à gérer. Mais il fallait prendre le temps d’étudier les solutions possibles, recenser des petits lieux figurant dans le patrimoine municipal et dans celui de la métropole permettant d’accueillir dignement ces migrants, avec mise en place de sanitaires et de douches. »

"Maltraitance"

Pour l’élu, les migrants sont victimes de « maltraitance du fait de cette succession d’expulsions. Beaucoup ont déjà vécu des choses difficiles et les opérations comme celle-là réveillent des stress traumatiques. On les pousse à l’errance et à l’indignité, au moment où il fait très chaud. »

Si Jean-Paul Huard reconnaît que la ville de Nantes a pu prendre des initiatives pour répondre à la crise humanitaire, il estime que, dans le cas présent, « la mairie avait le devoir de retarder de quelques semaines les travaux prévus sur le site occupé, le temps de trouver une solution et d’organiser le déménagement avec les associations aidant les migrants ».

« D’abord, mettre à l’abri »

Et de balayer sèchement l’argumentaire de la Ville : « Je sais que l’accueil des réfugiés relève de la compétence de l’État mais on est dans une situation d’urgence. La priorité, c’est de mettre à l’abri ces personnes. Après, il sera toujours temps de se retourner contre l’État. Là, on les laisse livrées à elles-mêmes dans des conditions d’hygiène déplorables, qui plus est, en période de très forte chaleur. Et cette décision présente des risques d’un point de vue de la sécurité publique. »

Le clash au sein de la majorité va « être difficile à gérer. Le différend est grave, concède Jean-Paul Huard. Mais il ne s’agit pas de politique politicienne. Il va falloir qu’on ait une discussion, on fera des propositions à la rentrée, on verra ce qu’il en ressortira… »

"Inhumain et impossible", tonne une élue UDB de la majorité

Sonia Meziane, autre élue nantaise de la majorité (UDB), condamne aussi cette opération d’expulsion : « Je suis obligée, à titre individuel et de façon réfléchie, de me désolidariser des décisions prises par la ville. Sans solution de relogement pérenne, c’est scandaleux. C’est inhumain et juste impossible ».

La ville de Nantes, affirme-t-elle, « aurait pu attendre la fin de la canicule, la fin de l’été, étudier les solutions de relogement proposées par l’évêché… On pouvait prendre un peu de temps pour appréhender la situation de façon humaine. Le résultat, c’est que l’on se retrouve avec près de 450 migrants qui reviennent au point de départ, square Daviais, plongés dans la détresse et des conditions d’hygiène déplorables. »

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