Accueil Actualités Débat sur la prostitution : intervention de Pierre-Yves Le Brun

Débat sur la prostitution : intervention de Pierre-Yves Le Brun

Nous en avons déjà largement discuté, en 2016, la France a choisi de pénaliser les clients des personnes prostituées. Cette mesure, apparue comme une grande avancée pour certains. Nous pouvons le comprendre, mais elle ne nous semble pas satisfaisante ou en tout cas insuffisante.

Elle a eu le mérite de mettre au débat la situation des personnes prostituées sur notre territoire. Mais, pour reprendre les paroles de la sénatrice Esther Benbassa : « C’est le trafic organisé qu’il faut combattre, le proxénétisme, la traite humaine, mais laissons les autres femmes exercer, même si, bien sûr, ce n’est pas un choix de vie. »

Ne soyons donc pas hypocrites sur la situation. La pénalisation est, selon nous, une fausse solution à un vrai problème. La prostitution demeure aujourd’hui le trafic illégal le plus lucratif après la drogue. Inutile donc, d’avoir l’illusion qu’on peut le supprimer. Choisissons, y compris à la Ville de Nantes la voie de la prévention, de l’écoute et de l’accompagnement social. Ce que nombre d’acteurs font déjà très bien et vous en êtes des représentants avec le mouvement du Nid.

Nous savons que des mesures d’accompagnement sont prévues par la loi de 2016, même si leurs décrets ont tardé à voir le jour.

La situation évolue sans cesse. Aujourd’hui, la prostitution se fait en majorité sur Internet. Les poursuites sont donc très compliquées à engager pour ces pratiques. Puisqu’elles sont moins visibles, elles sont plus difficiles à déceler. Les personnes qui la pratiquent sont plus isolées, moins faciles à accompagner. La loi de 2016 n’a malheureusement pas endigué les réseaux. Elle pousse certaines personnes prostituées à se cacher, à occuper des endroits plus sombres. Ce qui les rend plus fragiles encore. Elles sont isolées, moins en situation de négocier, y compris des relations protégées. Cela augmente les pratiques à risques. C’est donc aussi un enjeu de santé publique.

Passé ce rappel, nous ne voudrions pas enfermer le débat dans le clivage : abolitionnistes contre réglementaristes. Choisissons plutôt le discernement, face à cette situation de longue date et complexe. Car ce sont des êtres humains qui sont au cœur de l’enjeu. Ne généralisons pas non plus les situations sur ce sujet qui demande une très large attention.

Il y a une pluralité de situations. Des réseaux placent de jeunes mineures dans nos rues. Il y a aussi des étudiantes qui se prostituent pour payer leurs études. Des personnes migrantes se prostituent également. Et de nombreuses femmes, souvent Nigérianes déchantent une fois arrivées en France car on leur avait promis un emploi, une poursuite d’études ; et elles se retrouvent dans la rue, parfois endettées. Mais il y a aussi certaines personnes prostituées qui ont aussi choisi de l’être. Certaines sont suivies par le Syndicat du Travail Sexuel.

Prenons exemple sur les Pays-Bas qui leur reconnaissent un statut, leur permettant de déclarer leurs revenus, payer des impôts et surtout bénéficier d’une protection sociale. Mais là-dessus, nous convenons que ( la ville n’a pas les manettes et que ) seul l’État pourra changer les choses.

Nous souffrons malheureusement encore, en 2017, d’une vision moralisatrice sur ce sujet, qui reste tabou, comme tout ce qui touche à l’éducation à la sexualité. Car la prostitution est aussi un enjeu de pédagogie et d’éducation pour ne plus stigmatiser ces personnes.

A Nantes, plusieurs réseaux ont été démantelés dans l’année. Nous saluons ce travail. Mais d’autres demeurent. Trafics et situations illégales existent. Nous non plus, ne soyons pas naïfs sur ce qui se passe dans notre ville. Des acteurs prennent toute leur part dans l’amélioration des conditions de vie des personnes prostituées , des services publics aux associations spécialisées dans ce secteur . Il est encore tôt pour connaître les retombées des mesures nationales mais ces acteurs locaux n’ont pas attendu pour agir et nous saluons leur engagement que nous devons soutenir.

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